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Le matin Raoul aime regarder les seins de Maria. Ils se touchent et tremblotent à chacun de ses mouvements. Généreux, ils affichent comme une raie des fesses sous son visage. Le moment que Raoul préfère c’est lorsque Maria touille son petit noir. Sa poitrine prend alors un rythme régulier, c’est vivant, c’est beau et les effluves de son parfum, mélangés à l’odeur du café sucré viennent chatouiller les narines de l’ouvrier déjà fatigué par une journée qui n’a pas encore commencé.

C’est toujours en reposant sa cuillère qu’elle lui adresse un grand sourire en lui disant : « Bonjour, mon homme, comment ça va bien ce matin ? » Mais aujourd’hui il ne lui répond pas et détourne sensiblement son regard.

— Qu’est ce qui ne va pas ? insiste Maria.

Raoul ne bouge pas, ne répond pas, puis lève juste un doigt en direction de René. Le barman comprend illico qu’il lui faut une autre bière et un croissant. Maria connait le bonhomme, elle jette un second sucre dans sa tasse, et tourne encore plus vite qu’avec le premier. Raoul n’y résiste pas. Il lève les yeux. Elle baisse légèrement sa tête et leurs regards se croisent enfin.

— Hey, tu vas pas te choper un PV parce que tu mates mes nichons et qu’on discute de bon matin. Oh, mon Raoul, t’es où, là ?…

— Ben, déjà que tu m’astiques le pif avec ton parfum excitant, que t’envahis mes neurones avec la danse incantatoire que font tes mamelles, j’ai peur de me choper une peine pédagogique, moi… Ma femme l’a écouté la Najat Vallaud belkacem, j’étais avec elle et franchement j’ai eu la chair de poule, pire que pour l’exorciste. J’osais même pas mater son décolleté pigeonnant sous le perchoir de l’assemblée.

— Pigeonnant, t’exagères. Mais t’as raison, elle avait mis les nichons au balcon.

— Ah! tu l’as écoutée toi aussi ?

— Ben oui, ça me concerne. Je l’aime bien finalement, sa loi à la Najat, c’est je l’espère, un peu de protectionnisme. Fini les réseaux étrangers, les Africaines, les Russes et autres esclaves aux portes de Paris et fini les Chinoises qui branlent la France en leur faisant croire que c’est du massage traditionnel. Non… Ce que je déteste, c’est l’article 16. Parce que tu vois, avec tes 1431 € de SMIC par mois, ça va te faire mal, s’ils t’attrapent en train de me consommer. Avec l’article 16, t’es quasi ruiné mon loup.

— Ouais ben oublie… Hips… Je travaille sur moi, pour que le besoin irrépressible, la quéquette en folie quittent mon corps.

Raoul comprend qu’il va devoir faire le deuil d’une grosse partie de sa personne. Il fixe la mousse de sa bière qui disparait doucement de la surface puis trempe son croissant et croque dans la corne. Maria le regarde avec un large sourire.

— Quoi… Pourquoi tu ris, Maria ?

— Je me dis que tant qu’on a un croissant à tremper, la vie n’est pas si moche. Faudra qu’on fasse comme les riches, c’est plus toi qui vas aux putes, c’est moi qui viens à toi.

— Ouais ben t’oublies j’ai pas les moyens de prendre une chambre au Carlton. Et puis, si t’arrêtais, Maria…? T’as toujours dit que t’aimais pas ça, et qu’on empeste le bouc.

— Pas toi, mon Raoul. J’adore ta timidité et ta façon de te sentir coupable une fois que t’as éjaculé. Ya certaines brebis que je garderais bien. Tu sais, quand les chaines ne te retiennent plus, rien ne t’empêche de rester à côté. Ne plus être esclave, c’est pas évident, surtout quand on est souvent une maitresse, voir un maitre pour ceux que je gode.

— Franchement, je croyais que tu voulais arrêter…

— Ben oui, j’aimerais arrêter… Même que je préférais être une animatrice télé qui couche avec un homme politique. Mais aujourd’hui c’est mon boulot et je ne peux pas le quitter comme ça… Et toi t’aimes ton boulot de merde sur les chantiers…? Et ton pote, Vincent il aime bosser chez PSA pour une misère et savoir que son mac, le père Varin se tire avec 21 millions d’euros.

— Il a dit qu’il renonçait

— Tu déconnes là…? Raoul, tu le crois…? Tu fais confiance à ce Monsieur Philippe Varin capable de négocier une retraite chapeau de 21 Millions d’euros…?  Crois-moi… Je sais entendre le mensonge dans la bouche d’un homme. Il va le palper son blé, d’une manière ou d’une autre. Son renoncement, c’est de la com pour les pauvres. Vos patrons sont de vrais esclavagistes, ils vous payent juste ce qu’il faut pour manger et avoir chaud. Ils vous inventent le loto pour vous laisser espérer et oublier la révolte. Ben oui, on ne parle plus de révolution quand on est si accro à la télé, à ses vacances et à ses matches de foot. Vous êtes des esclaves gavés de conneries. Immobiles.

— Putain t’y va fort. Burpppsss.

— C’est le cas de le dire, mon Raoul avec ta bonne bouille de multi récidiviste. Mais tu vois, les rêves que l’on fait enfant sont parfois les cauchemars que l’on vit adulte. J’ai rêvé que j’avais plein de Princes charmants, et j’en ai eu des milliers, répugnants et encore à l’état de crapaud. Si j’avais été éduquée en mode Najat Vallaud Belkacem, une femme à l’égal de l’homme, de façon naturelle, jamais je n’aurais eu le cerveau embrumé par une grenouille qui se transforme en homme et qui te saute ou l’inverse. Quelle histoire de merde : une grenouille qui se glisse dans ton lit. Des gros connards ces frères Grimm. Je veux un camion de pompier et pas une Barbie qu’a pas de culotte et qui porte des robes de princesses ridicules.

— Waou t’es une poète Maria

— Non, je suis triste.

— Ouais, moi aussi… René ! Remets-nous deux bières s’il te plait.